Les meetings de Trump, vers la fin d'un puissant folklore politique
Ces jeunes étudiantes qui viennent pour leur première fois, ces vieux de la vieille habitués depuis 2015 ou ces curieux venus le voir tant qu'il est président l'assurent tous : au moment où Donald Trump mène sa dernière campagne, nul ne pourra remplacer ses meetings.
"C'est si américain, il y a plein de monde heureux, et c'est tellement sympa," raconte Bart, rencontré par l'AFP mardi à Greenville, en Caroline du Nord, lors de l'une de ces réunions publiques que multiplie le président américain avant les élections de mi-mandat en novembre.
Dans ce coin rural de l'est du pays, "on n'a pas souvent des trucs comme ça, à part peut-être des matchs de football américain", insiste en souriant cet homme venu avec sa femme Courtney et leurs deux enfants tout juste sortis de l'école.
Bart, qui n'a pas voulu donner son nom de famille, raconte cela entre des toilettes de festival et un stand de casquette Maga, avant d'aller s'installer sur les chaises disposées en rang d'oignon sur le tarmac d'aéroport qui accueille le meeting.
Des dizaines de milliers d'Américains sont, depuis la première campagne en 2015 du républicain, attirés par ce rituel, mélange unique de propos provocateurs, d'une verve infatigable et d'un art consommé du spectacle.
- Avion en rase-mottes -
Dans la queue pour un food-truck, on repère Jaycie Bullard, tout de rouge vêtue. "Quand j'ai entendu qu'il allait venir à Greenville, il fallait que je vienne", se félicite cette élève infirmière de 18 ans. "Je me sens comme une gosse à Noël, c'est de la joie pure !"
Après des heures à attendre dans une bande-son très rock 'n' roll, un avion passe en rase-mottes : c'est Donald Trump qui débarque. Après une vidéo le décrivant comme "créé par Dieu", le milliardaire new-yorkais s'installe au podium.
Il lance des attaques féroces, à la tonalité parfois raciste, contre ses opposants, prétend contre toute évidence qu'il a gagné l'élection en 2020 et raconte des blagues - souvent les mêmes -, avant de conclure en faisant parler les candidats républicains locaux pour le Congrès. Ce mardi soir en Caroline du Nord, son discours, répétitif et décousu comme souvent, a duré 1h51. Et comme à chaque fois, il quitte la scène sur le "YMCA" des Village People.
Mais cette tradition touche à sa fin.
D'année en année, les foules se font moins importantes, les salles plus petites. Et surtout, bloqué par la Constitution, Donald Trump, 80 ans, devra passer la main après 2028.
"Je suis inquiète pour l'avenir", lâche Patty Laronde, une retraitée venue voir pour la première fois cet homme "qui ne recule devant rien". "Qui pourrait donc prendre sa place, qui pourrait... Bon, j'ai de l'espoir avec JD Vance," le vice-président.
- "Divertissement" -
Mais, comme beaucoup dans la foule, David, qui en est à son cinquième meeting de Trump, estime que "la copie n’est jamais aussi bonne que l’original."
Donald Trump "est une anomalie", remarque Troy. "Il n'y a jamais eu de président comme lui," reprend-il, "et je doute qu'il y en ait un autre à l'avenir".
Même avis pour deux chercheurs spécialistes de la question interrogés par l'AFP.
En "transformant le meeting politique en divertissement", Donald Trump "utilise des émotions vues comme négatives - le ressentiment, la rancœur ou la déception - et les transforme en excitation, en fierté", analyse Yagmur Karakaya, professeure de sociologie à Yale. "Est-ce que d'autres peuvent faire la même chose ? Je n'en suis pas sûre."
"J'en doute", abonde Jacob Justice, de l'université du Mississippi. "S'il y a quelqu'un qui peut s'en rapprocher, il viendrait du monde des influenceurs ou du podcast, plutôt que de la politique."
Si c'était JD Vance, "il y aurait la moitié de cette foule", lâche Bart, le père de famille, avant d'être interrompu par du rock à plein tube.
"Et les Guns N' Roses...", s'exclame-t-il. "Tu peux pas faire mieux !"
(Y.Harris--TAG)