La sainte patronne du Brésil réapparaît dans la campagne présidentielle
Munis de bâtons et de fleurs, des milliers de pèlerins vénèrent lundi Notre-Dame d'Aparecida, sainte patronne du Brésil, alors que Lula et Flavio Bolsonaro se disputent le vote clé des catholiques en vue du second tour de la présidentielle le 25 octobre.
La Vierge noire a été l'une des protagonistes du premier tour de l'élection, le 4 octobre : le fils Bolsonaro, évangélique, avait dû démentir pendant la campagne une fausse information selon laquelle il aurait l'intention de la priver de son titre de patronne s'il devenait président.
Le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva avait exploité des rumeurs en ce sens publiées sur les réseaux sociaux.
La question est sensible dans un pays où les catholiques sont majoritaires (près de 57%), mais en recul face à la forte progression des évangéliques (27%), selon les derniers chiffres officiels, datant de 2022.
A l'occasion de la fête nationale de la Vierge lundi, Lula, 80 ans, et Flavio Bolsonaro, 45 ans, ont assisté à des messes séparées à Brasilia, un signal adressé à l'électorat catholique.
Le président a déploré que la Vierge soit "offensée" par ceux qui "ne veulent pas respecter" la religion des autres, tandis que le sénateur a assuré de son "respect pour la foi de millions de Brésiliens".
Dans le sanctuaire dédié à la sainte patronne du pays, dans le sud-est du Brésil, religion et politique ont également fait bon ménage avec la présence au premier rang du candidat à la vice-présidence de Lula, Geraldo Alckmin, à une messe où des milliers de fidèles ont chanté, émus, en agitant des mouchoirs bleus.
- "Manœuvre politique" -
Appuyée sur le bâton qui l'a accompagnée durant sept jours et 240 km de marche depuis sa ville de Valinhos, Maria Vanda Lopes se préparait à entrer dans le temple pour voir la Vierge, une minuscule statue en terre cuite trouvée par trois pêcheurs en 1717.
"La controverse autour de la Vierge est absurde. Pure manœuvre politique, bien sûr que personne ne va la priver de son titre de patronne", estime auprès de l'AFP cette femme de 54 ans, étudiante en pédagogie.
Elle votera pour Flavio Bolsonaro. "Je suis féminine, je ne suis pas féministe. Je suis traditionnelle, je suis de droite", explique-t-elle.
Selon les sondages, la majorité des catholiques vote Lula, tandis que les évangéliques préfèrent Flavio Bolsonaro, tout comme ils se prononçaient pour son père, l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022).
Le Brésil est un "État laïque", mais avec Flavio "nous ne vivons pas cela. Nous nous sentons en insécurité par rapport à la foi catholique, nous avons peur", a déclaré Amanda Rosa Alves, une étudiante pro-Lula de 29 ans arrivée à Aparecida depuis la ville de Viçosa (sud-est).
"Bien sûr, nous nous demandons ce qui peut se passer en fonction du second tour, mais ce n'est pas le moment de faire des scénarios qui nous effraient", a pour sa part estimé l'archevêque d'Aparecida, Mario Antonio da Silva.
- Coexistence -
Sous son chapeau, David de Santos, appelle à "ne pas mélanger politique et religion". Ce pèlerin de 47 ans a parcouru sous la pluie 50 km au cours des dernières 24 heures pour rejoindre le sanctuaire, qui se revendique comme le plus grand temple marial du monde.
Il raconte avoir rencontré sur son trajet des évangéliques venus soutenir les pèlerins. "Ils distribuaient de l'eau, des fruits et des médicaments", dit-il.
"L'un des exemples de coexistence entre évangéliques et catholiques, est la famille Bolsonaro", souligne le pasteur Gustavo Knauer, qui rappelle qu'à la différence de Flavio, Jair est catholique.
Ce spécialiste en sciences politiques, interrogé par l'AFP, affirme par ailleurs qu'"aujourd'hui, ce sont les évangéliques qui choisissent le président du Brésil, parce que nous votons en bloc, le sentiment d'appartenance au groupe étant plus fort que chez les catholiques".
Pour Rodrigo Nunes, professeur à l'Université pontificale catholique de Rio de Janeiro, le discours conservateur des évangéliques, notamment sur les questions morales comme le genre, a influencé le débat public et on observe lors de cette élection "une migration de votes catholiques vers la droite", indique-t-il à l'AFP.
Les sondages donnent Flavio Bolsonaro favori du second tour, après son avance de deux points face à Lula à l'issue du premier tour.
(B.Ramirez--TAG)