Le Parlement italien vote sur la loi électorale, un test pour Meloni
Le Parlement italien se prononce jeudi sur une réforme électorale défendue par Giorgia Meloni mais dénoncée par l'opposition, qui l'accuse de l'avoir conçue sur mesure pour être reconduite au pouvoir lors des élections de 2027.
Le gouvernement affirme que cette nouvelle loi apportera davantage de stabilité à l'Italie. Elle permettrait de "garantir la gouvernabilité", a déclaré à l'AFP Luca Ciriani, ministre chargé des Relations avec le Parlement.
Elle bénéficierait également aux électeurs en obligeant les partis ou les coalitions à définir leur programme de gouvernement et à désigner leur candidat au poste de Premier ministre "bien avant les élections", a-t-il ajouté.
Cette exigence pourrait toutefois poser problème au centre-gauche, divisé sur plusieurs questions politiques clés ainsi que sur le choix des candidats éventuels au poste de chef du gouvernement.
L'opposition a promis de voter contre la réforme, déjà approuvée par le Sénat mais qui doit encore recevoir le feu vert de la Chambre des députés.
Cette réforme "tord les règles démocratiques pour servir les intérêts de ceux qui sont au pouvoir", a déclaré à l'AFP Chiara Braga, présidente du groupe parlementaire de la principale formation d'opposition, le Parti démocrate (PD).
Le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, et ses alliés disposent de la majorité au Parlement, mais la coalition a montré des signes de tensions à l'approche des élections législatives. Le vote de jeudi se déroulera à bulletin secret, ce qui pourrait permettre à des élus frondeurs de voter contre le texte.
- Pari risqué -
Mme Meloni a averti qu'elle démissionnerait si la loi n'était pas adoptée, et les experts estiment que les parlementaires sont peu enclins à provoquer des élections dès à présent.
Certains mettent toutefois en garde contre un effet boomerang qui pourrait offrir à la gauche une victoire confortable l'an prochain.
Giovanni Orsina, politologue à l'université Luiss de Rome, juge "extrêmement probable" que la loi soit adoptée.
"Meloni court peu de risques lors du vote à la Chambre, mais cette loi crée un paysage électoral totalement ouvert à la concurrence, et elle risque donc de perdre les élections", a-t-il déclaré.
Dans le système actuel, qui combine des sièges attribués au scrutin majoritaire et à la proportionnelle, ni la coalition de droite ni celle de gauche ne devraient obtenir une majorité parlementaire.
La nouvelle loi instaure un système entièrement proportionnel accordant une majorité parlementaire à toute alliance obtenant plus de 42% des suffrages, grâce à l'attribution de 70 sièges supplémentaires à la Chambre des députés et de 35 au Sénat.
Mais atteindre ce seuil ne serait aisé ni pour la droite ni pour la gauche.
En septembre, Giorgia Meloni est devenue la cheffe de gouvernement la plus durable de l'Italie d'après-guerre, mais sa coalition perd du terrain au profit de l'ancien général Roberto Vannacci et de son nouveau parti Futuro Nazionale (FN, extrême droite).
Si Mme Meloni a jusqu'ici exclu toute alliance avec M. Vannacci, le FN est crédité dans les sondages d'un score supérieur à celui de chacun de ses deux alliés, la Ligue anti-immigration et Forza Italia, et elle pourrait avoir besoin de son soutien.
Selon un récent sondage Ipsos Doxa, la coalition de centre-gauche pourrait dépasser les 42% lors du scrutin, à condition de surmonter ses divisions internes et de convaincre deux petits partis radicaux de rejoindre l'alliance.
Le mandat de Giorgia Meloni doit s'achever en octobre 2027, mais elle pourrait choisir d'organiser des élections dès avril ou mai.
Les partis d'opposition ont déjà annoncé leur intention de contester la nouvelle loi électorale devant les tribunaux avant cette échéance.
(F.Allen--TAG)