Arabie saoudite : le personnel d'Aramco appelé à évacuer, des drones interceptés
Le personnel du siège du géant pétrolier saoudien Aramco a reçu jeudi l’ordre d’évacuer les locaux, au lendemain de frappes meurtrières sur un aéroport proche, dans un contexte d'intensification des attaques des Houthis yéménites pro-iraniens.
Le 14 octobre, les autorités saoudiennes avaient fait état d'une frappe contre un bâtiment de la compagnie à Dhahran. Une tour du siège avait été touchée, selon des employés.
Depuis, la plupart des employés travaillaient à distance, ont indiqué trois sources sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. Les derniers continuant de travailler au siège ont été invités à quitter les locaux et à se mettre en télétravail jusqu’à nouvel ordre, ont indiqué deux de ces sources.
"Un ordre d'évacuation a été émis pour ce personnel. Aucune raison précise n'a été avancée", a déclaré l'une d'elles.
Les zones résidentielles situées à proximité du siège de la compagnie n'ont toutefois pas été évacuées, ont précisé les deux sources.
Le département d'État américain a lui annoncé mercredi avoir ordonné le départ des employés "non essentiels" de son ambassade à Riyad et de leurs familles, soulignant que les Houthis s'étaient "de plus en plus engagés dans des hostilités contre l'Arabie saoudite".
- Deux morts à Dammam -
Mercredi soir, une attaque qui a visé l'aéroport de Dammam, situé dans l'est du royaume, à quelques kilomètres de Dhahran, a fait deux morts - un Saoudien et un Indien - et huit blessés, selon l'Autorité de l'aviation civile.
Ces dernières semaines, les attaques des Houthis contre des infrastructures civiles saoudiennes — notamment sites pétroliers et aéroports — ont atteint une ampleur inédite depuis le début du conflit au Yémen, en 2014.
Elles ont contraint le royaume - qui soutient depuis 2015 à la tête d'une coalition militaire le gouvernement yéménite face aux Houthis - à fermer l'aéroport de Riyad et à reporter le "Davos du désert", prévu le 26 octobre, qui réunit chaque année de grands noms de la finance.
Au total, 22 personnes ont trouvé la mort dans des attaques visant des aéroports saoudiens ce mois-ci, selon un décompte de l'AFP basé sur des chiffres officiels.
Les Houthis ont affirmé ces derniers jours avoir pris pour cible une installation d'Aramco dans le terminal pétrolier de Yanbu sur la mer Rouge et le champ pétrolier de Chaybah près de la frontière avec les Emirats arabes unis.
La coalition a elle annoncé jeudi avoir abattu des drones dans les régions de Riyad et de Médine, deuxième ville sainte de l'islam.
La veille, elle avait fait état de l'interception de six drones et annoncé que deux personnes avaient été tuées après l'interception d'un tir au-dessus du champ pétrolier de Chaybah.
Les Houthis ont de leur côté démenti avoir mené des attaques mercredi.
- "Solutions politiques" -
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a lui insisté jeudi sur "la nécessité d’explorer toutes les pistes possibles pour parvenir à des solutions politiques" entre l’Arabie saoudite et les combattants houthis.
Après une accalmie à partir de 2022, le conflit yéménite a repris en juillet, ouvrant un nouveau front de la guerre au Moyen-Orient. En septembre, les Houthis ont pris le littoral yéménite sur la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Le contrôle de ce passage maritime, au moment où Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz de l'autre côté de la péninsule arabique, "augmente le pouvoir de négociation de l'Iran", tout en donnant aux Houthis "un énorme levier" vis-à-vis de Riyad, selon l'analyste Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa.
En réponse, l'armée de l'air saoudienne cible régulièrement les Houthis.
(F.Jackson--TAG)