L'automne à Paris: pourquoi sécheresse et canicule font tomber les feuilles
Au sol, les feuilles mortes, stigmates d'un été de canicule et de sécheresse, évoquent déjà l'automne à Paris. Le phénomène témoigne de la nécessité d'accélérer la diversification des essences pour conserver au maximum les bienfaits des arbres en ville face au changement climatique, estiment des experts.
"Les feuilles par terre, c'est la conséquence des coups de chaleur de ces derniers mois. L'arbre se met en repos, en protection", explique, en regardant les arbres du boulevard des Batignolles, dans l'ouest parisien, Amaury Pollet, un des responsables du pôle sylvicole de la mairie.
Les trois essences présentes - micocoulier de Provence, tilleuls et ormes - "sont en très bonne santé", rassure-t-il, évoquant une "réaction naturelle" à ces "canicules et sécheresse". "L'arbre est très résilient".
En ce jour ensoleillé d'août, les arbres du boulevard sont toujours très fournis en feuilles vertes, permettant aux piétons de marcher à l'ombre.
"Les arbres supportent relativement bien les canicules", souligne auprès de l'AFP Serge Muller, professeur émérite du Muséum National d'Histoire Naturelle. Mais lorsque "la canicule se double d'une sécheresse, à ce moment-là, il n'y a plus d'eau, et l'arbre adopte une stratégie de survie".
Les arbres "transpirent de l'eau et cette transpiration abaisse la température des feuilles", complète Bastien Castagneyrol, de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). "Les feuilles tombent avant que le stress imposé par la sécheresse fasse subir des dégâts irréparables à l'arbre".
Les deux experts estiment qu'il faudra attendre le printemps pour en connaître les conséquences réelles.
"On ne va pas avoir des arbres qui vont mourir en masse à cause d'un épisode de sécheresse", avance M. Castagneyrol, craignant néanmoins le risque d'"un affaiblissement progressif" en cas de répétition des phénomènes.
Si certaines espèces sont "très vulnérables à la sécheresse", d'autres résistent mieux, comme les platanes, assure-t-il.
"Un platane a l'habitude de ces coups de chaleur, va perdre ses feuilles et va se régénérer très facilement, comme un érable de Montpellier", abonde Laurent Chadirac, expert au sein du service de l’arbre et des bois de la mairie de Paris.
"À peu près 35% des alignements parisiens sont constitués de platanes", selon M. Chadirac, sur plus de 800 essences d'arbres répertoriées dans la capitale.
- "Stress hydrique" -
La Ville de Paris a accéléré la diversification des espèces, notamment pour s'adapter au dérèglement du climat, "en privilégiant, lorsque cela est possible, des essences régionales/indigènes, favorables à la biodiversité."
Ce matin-là, le soleil illumine la place Prosper Goubaux dans le 17e arrondissement. Sur un charme commun - une "essence plutôt forestière" - "on voit des traces de stress hydrique", développe Laurent Chadirac, montrant le marron envahir les feuilles vertes, un "des signes de dégradation".
"A été décidé, il y a quelques années, d'un changement d'essence pour en mettre une plus résiliente qu'est le charme-houblon", davantage "en capacité de résister au stress hydrique et à la chaleur", poursuit-il.
Cet arbre "plus méridional" a été doté d'une "sonde tensiométrique" au sol pour estimer ses besoins en eau et les extrapoler à ses congénères, précise Laurent Chadirac.
"Depuis les épisodes de fortes chaleurs, les riverains se préoccupent plus de la santé des arbres et notamment des jeunes plantations à arroser" pendant leurs trois premières années, confirme la Ville de Paris à l'AFP.
"De manière générale", explique Bastien Castagneyrol, les municipalités "utilisent la diversité des arbres comme étant un facteur de résistance et de résilience à des épisodes climatiques extrêmes".
Ces dix dernières années, la Ville de Paris indique avoir planté 170.000 arbres, vantant leur fonction d'absorption du CO2, d'amélioration de la qualité de l'air et de son rafraîchissement.
Rue de Naples, dans le 8e arrondissement, Amaury Pollet introduit deux essences de petits arbres, un parrotia persica et un koelreuteria paniculata, toutes deux originaires du continent asiatique, "plantées sur des bandes végétalisées".
"On se rend bien compte que l'ensemble se porte plutôt bien", se félicite-t-il, montrant cette végétation florissante.
En milieu urbain, "où les températures sont plus élevées que dans les forêts", le chercheur Serge Muller plaide notamment pour "utiliser des essences exotiques, soit méditerranéennes, soit d'autres continents, asiatiques ou américaines".
Une stratégie "plus ou moins" adoptée par la Ville de Paris et d'autres municipalités, reconnaît M. Muller, qui "trouve qu'ils pourraient faire davantage encore".
(A.Moore--TAG)