Face au mégafeu "contenu" en Gironde, les pompiers s'activent avec "l'espoir" d'une issue prochaine
Après neuf jours de lutte acharnée contre un mégafeu qui a dévasté 42.000 hectares de forêt en Gironde, les pompiers travaillent toujours activement vendredi à concrétiser "l'espoir" d'une maîtrise prochaine de l'incendie, toujours actif par endroits mais "contenu", ce qui a permis le retour d'autres habitants évacués.
A la faveur d'une "situation stable" après une nuit à la météo "favorable", la préfecture a autorisé à la mi-journée des retours vers deux nouvelles communes dans le bassin d'Arcachon (Biganos, 11.000 habitants et Audenge, près de 10.000 habitants) ainsi que vers les campings de Lacanau, d'où 4.000 personnes avaient été évacuées.
Près des trois-quarts des 224.000 résidents et touristes délogés à titre préventif depuis le début de l'incendie, le 22 juillet, ont donc pu rejoindre leurs habitations dans 12 communes proches de Bordeaux.
"Il y a toujours de l'espoir, on travaille pour, mais je ne peux pas vous garantir que l'incendie sera fixé ce week-end", a déclaré Eric Pitault, officier de communication du Sdis 33.
Là comme dans les casernes de Gironde, une minute de recueillement a été observée pour les deux pompiers morts à Mérignac sur un virulent feu de forêt survenu la veille du départ du mégafeu actuel.
Sur le terrain de combat, "la situation est établie, les effectifs sont répartis sur tout le secteur", indique le lieutenant-colonel Eric Pitault.
Les points chauds du brasier concernent encore le hameau de Claouey à l'entrée de la presqu'île du Cap Ferret, toujours inaccessible, la commune de Lanton sur le bassin d'Arcachon, celles du Porge, la plus durement frappée, et de Lacanau plus au nord.
Les longs et colossaux travaux de consolidation des quelque 130 km de pare-feux et de sécurisation de lisières du brasier se poursuivent, en particulier sur son flanc ouest dans une zone dunaire.
- Chômage partiel étendu -
Au total, 3.300 pompiers de toute la France, dont 267 ont été blessés à ce jour, 1.500 militaires, 1.250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles conjuguent leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis via le mécanisme européen de solidarité.
L'Ukraine a annoncé l'envoi en France de 70 secouristes et 15 véhicules spécialisés pour aider à la lutte contre les feux.
Et, sur le terrain, toujours la même solidarité... "On a eu un restaurateur qui nous a donné je ne pas combien de crevettes, environ 100 kg", raconte à l'AFP Jean-Pierre, un bénévole.
Le ministre du Tourisme Serge Papin a annoncé une extension, sous condition, du chômage partiel aux saisonniers qui devaient travailler dans une entreprise touchée mais qui n'avaient pas encore commencé leur mission.
Les autorités dénombrent toujours 240 habitations détruites, un bilan à "consolider lors des prochaines visites de reconnaissance" des zones sinistrées par ce feu, le plus dévastateur depuis 1949.
Soulagement dans le département voisin des Landes, où le feu près de Biscarrosse, qui a brûlé 3.600 hectares, a été déclaré "maîtrisé" jeudi soir.
Bonne nouvelle également pour le trafic SNCF, interrompu le 26 juillet au sud de Bordeaux et qui pourra, après vérification des infrastructures, reprendre samedi.
- "Hantise" -
Si aucune perte humaine n'est à déplorer, les sauveteurs ont la "hantise" de trouver des animaux morts, qu'il s'agisse des animaux de compagnie (chats, chiens...) que leurs propriétaires n'ont pu emporter avec eux dans l'évacuation d'urgence mais aussi, bien sûr, de la faune sauvage.
"On sait déjà que c'est par millions que les animaux ont été affectés", a souligné sur RMC Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux. "Ceux qui s'en tirent le mieux, si j'ose dire, c'est probablement les cervidés, les sangliers, les chevreuils et les oiseaux", à l'inverse des "batraciens", "reptiles", "renards" et "hérissons".
Il soutient "bien évidemment" la pétition "pas de chasse" car, dit-il, "après la violence du feu, on ne va pas ajouter le plomb à la mortalité".
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et le Var, des départements qui sont à nouveau en vigilance orange canicule.
Dans le Var, les feux de Brignoles et du massif du Gros Bessillon sont "fixés", et ont parcouru respectivement 130 et 4.500 hectares.
En Haute-Corse, après 18 jours de mobilisation, les pompiers ont réussi à contrôler un incendie qui a dévasté plus de 1.000 hectares de forêt dans la vallée touristique de la Restonica.
Sur la France entière, 308 interpellations ont été réalisées dans des enquêtes sur des départs de feux dont "deux tiers" sont susceptibles d'être volontaires et elles se sont traduites par 33 détentions, a indiqué Laurent Nuñez.
Toutefois, les plus gros incendies de la saison en France sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête. Les propriétaires de la parcelle forestière d'où est parti le mégafeu de Gironde ont déclaré à l'AFP avoir porté plainte contre l'entreprise soupçonnée de l'avoir déclenché en débroussaillant même s'ils "étaient dans les règles".
(K.Jones--TAG)