Colère des lycéens: reprise partielle des cours au lendemain d'une mobilisation massive
Au lendemain d'une journée de mobilisation importante dans les rues, les cours ont repris mercredi dans la majorité des lycées avec toutefois quelques blocages, après une tentative du gouvernement d'apaiser la crise en proposant une demi-journée banalisée consacrée à des échanges sur les difficultés rencontrées par les élèves.
Selon des chiffres provisoires du ministère de l'Education nationale, 86% des établissements ont ouvert leurs portes mercredi matin. Les cours sont en revanche totalement ou partiellement suspendus dans 528 lycées, soit une baisse de 41% par rapport à mardi, journée de mobilisation nationale des lycéens.
A Paris, plusieurs établissements restent bloqués par des lycéens, comme à Hélène Boucher ou Voltaire où des poubelles bloquent à nouveau l'accès aux portes. L'université Sciences Po Paris est également bloqué par une barricade, selon un étudiant interrogé par l'AFP.
L'Union syndicale lycéenne et l'Union étudiante appellent à de nouveaux cortèges jeudi, pour un "acte 4", à Paris et dans d'autres villes, selon l'Union étudiante.
Mardi, entre 266.000 et 450.000 personnes - des lycéens, des étudiants mais aussi des professeurs et des parents d'élèves - ont manifesté en France, selon les autorités et les organisateurs.
Les manifestations se sont en général déroulées dans le calme sans blessés graves, avec 488 interpellations sur l'ensemble du territoire, selon le ministère de l'Intérieur, sur 6.547 interpellations depuis le début du mouvement.
Le gouvernement, dont les marges budgétaires sont très limitées, reste parallèlement sous pression sur la gestion du maintien de l’ordre, après plusieurs blessures graves de lycéens depuis le début du mouvement
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez qui défend un usage proportionné de la force a annoncé mercredi la suspension de l'usage des grenades assourdissantes après qu'un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée.
Il a précisé sur RTL l'ouverture de 18 enquêtes de la police des polices. En tout 215 élèves et 85 personnels de l'Education ont été blessés et près de 800 policiers et gendarmes.
-"museler le débat"-
Face à l’ampleur de la mobilisation, Emmanuel Macron a fait un point mardi soir avec plusieurs ministres, dont Sébastien Lecornu, Laurent Nuñez et Édouard Geffray, pour tenter de trouver une issue à la crise. Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation doivent être auditionnés mercredi à l’Assemblée.
La stratégie du gouvernement mise sur le dialogue, au sein des établissements, pour tenter d'apaiser la contestation.
Le Premier ministre a annoncé la "banalisation" de demi-journées de classe, sans cours, à partir de mercredi, pour permettre un "temps de démocratie interne", qui doit permettre aux élèves et personnels de faire remonter leurs difficultés, établissement par établissement.
"C'est encore une tentative de museler le débat, de noyer le poisson et de gagner du temps", a déclaré mercredi matin Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne sur franceinfo.
"Il faut pas tomber dans le piège du blabla infini, ce temps démocratique peut paraître une bonne idée, mais on va s’essouffler dans la parole", a abondé un élève devant le lycée Marie-Curie de Strasbourg.
"Je crois que, pour sortir de cette crise, il faudra autre chose que de simples temps de concertation", a lui aussi réagi Nicolas Bonnet, secrétaire national du syndicat et proviseur du lycée professionnel Henri-Brulle de Libourne, sur franceinfo, exigeant que le président de la République reçoive les jeunes, les écoute et leur apporte un certain nombre de réponses.
Les différents syndicats appellent à la poursuite de la mobilisation "après le raz-de-marée du 6 octobre". "Nous soutenons toute la mobilisation des lycéens et lycéennes à ce jour. Et dès demain, nous appelons encore à la mobilisation générale", a appelé Ryad Rani pour l'Union syndicale lycéenne.
Une intersyndicale doit tenir une conférence de presse mercredi matin pour détailler les modalités de cette poursuite annoncée d'un mouvement désormais installé, depuis les premiers blocages en septembre en région parisienne.
Les lycéens dénoncent l'insalubrité de certains bâtiments, des classes et des emplois du temps surchargés, des professeurs non remplacés ou encore les inégalités liées à Parcoursup.
Un autre front s'est ouvert pour l'exécutif, l'enseignement supérieur, dont 40% des établissements étaient perturbés mardi, selon le ministère. Titulaire du portefeuille, Philippe Baptiste doit recevoir mercredi les organisations professionnelles puis étudiantes.
"On ne va rien arrêter", a affirmé Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante. Sur les campus, la suite s'organisera en assemblée générale: "certains vont voter la reconduction ou pas des blocages", selon elle.
(W.Williams--TAG)