Le gouvernement annonce un plan pour faire prendre le tournant de l'IA au monde du travail
Former salariés et chômeurs, soutenir les apprentis qui se destinent à des métiers stratégiques, inciter les petites entreprises à s'y mettre: le ministre du Travail a présenté mardi un plan pour aider le monde du travail à prendre le tournant de l'intelligence artificielle, une priorité selon lui.
"Sans action déterminée de notre part, l'IA façonnera un monde qui ne sera pas forcément ce que nous voulons", a averti le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, en présentant le plan de 12 mesures baptisé "Impulsion IA 2027". L'IA peut "améliorer les conditions de travail" en faisant disparaître certaines tâches mais aussi "entraîner l'intensification du travail, renforcer les inégalités entre métiers et qualifications", a-t-il pointé.
Face à une révolution technologique qui s'accélère, "on ne pouvait pas attendre les échéances électorales pour accélérer", a renchéri le ministre de l’Économie, Roland Lescure, soulignant la nécessité d'être "créatifs" face à une technologie qui représente également des "risques énormes" en termes de cybersécurité, biais algorithmiques et désinformation.
La croissance de l'IA suscite aussi des inquiétudes pour l'environnement, en matière de consommation d'énergie et d'eau notamment.
Le plan "Impulsion IA 2027" est doté de 80 millions d'euros de financements nouveaux.
Alors que le ministère du Travail doit réaliser 2,5 milliards d'euros d'économies dans le budget 2027, les mesures qui ont été choisies sont celles qui offrent le retour sur investissement le plus important et qui permettent de créer rapidement un cadre dont d'autres acteurs pourront s'emparer, précise-t-on dans l'entourage de M. Farandou.
Le ministère part du constat d'un retard dans l'adoption de l'IA par les entreprises françaises et d'un risque de nouvelles fractures, les petites et moyennes entreprises s'en emparant par exemple moins que les grandes.
Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), 18% des entreprises françaises ont utilisé en 2025 au moins une technologie liée à l'IA, deux fois moins que dans les pays européens les plus avancés.
- "Maturité IA" -
La moitié des mesures concerne "l'acculturation" des actifs. Une plateforme gratuite et accessible sans prérequis, Explore IA, sera lancée pour permettre de tester ses connaissances et de suivre des parcours "ludiques" sur l'IA.
Une autre plateforme sera dédiée à la formation des apprentis. Les centres de formation des apprentis seront soutenus financièrement pour former davantage aux compétences nécessaires à une accélération de l'adoption de l'IA (développeurs IA, métiers de la cybersécurité...).
Dans le projet de loi de finances 2027, un fonds national pour les Centres de formation des apprentis (CFA) doit ainsi être créé et une majoration du financement public prévue pour les formations en apprentissage jugées stratégiques.
Les demandeurs d'emploi, quant à eux, doivent bénéficier, via France Travail, d'un test pour mesurer leur "maturité" IA puis se voir proposer un parcours personnalisé.
La réforme du Compte personnel de formation (CPF), qui doit durcir le financement des formations jugées trop peu en lien avec un projet professionnel, doit aussi ériger l'IA en priorité nationale, en multipliant les cofinancements pour limiter le reste à charge des personnes désireuses de suivre une formation sur ce thème.
Le ministère entend développer une certification professionnelle sur l'utilisation de l'IA dans l'activité professionnelle.
Des "task forces entreprises" seront chargées de sensibiliser les petites et moyennes entreprises à l'usage de l'IA, notamment en matière de recrutement, et les branches professionnelles accompagnées pour organiser le dialogue social sur ce thème.
Alors que plusieurs dispositions de l'AI Act, règlement européen sur l'intelligence artificielle, sont entrées en vigueur en août, encadrant notamment l'utilisation de données biométriques ou de la reconnaissance faciale, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) sera chargée de rédiger un guide expliquant les règles applicables.
Un observatoire de l'impact de l'IA doit être créé et de nouvelles méthodes de "dialogue social technologique" expérimentées dans une vingtaine d'entreprises et branches professionnelles, avec l'appui de l'Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).
Le semaine dernière, à l'issue de la conférence Travail Emploi Retraites, plusieurs organisations syndicales et patronales se sont dites prêtes à lancer une négociation sur l'IA, jugeant qu'il n'était plus temps de se prononcer pour ou contre.
(T.Brown--TAG)