Affaire Epstein : après Andrew, la chute de Peter Mandelson
L'ex-prince Andrew n'est pas seul au Royaume-Uni à être éclaboussé par l'affaire Epstein: depuis vendredi, les révélations embarrassantes sur les liens étroits entre l'ex-ministre Peter Mandelson et le pédocriminel américain se multiplient, qui pourraient sceller la chute de cette figure historique du Labour.
Conseils donnés à Jeffrey Epstein pour obtenir une réduction de taxe, relevés bancaires attestant de virements par le financier américain de 75.000 dollars à son bénéfice, et une photo le montrant en sous-vêtements aux côtés d'une femme en peignoir: les derniers documents publiés par le ministère américain de la Justice pourraient marquer le coup de grâce pour l'ancien commissaire européen de 72 ans.
Malgré les casseroles qui ont émaillé sa carrière - souvent pour des services rendus à ou obtenus de fréquentations contestables - Peter Mandelson semblait insubmersible, obtenant encore le poste d'ambassadeur à Washington du Premier ministre Keir Starmer en décembre 2024.
L'affaire Epstein l'avait déjà obligé à abandonner ce poste en septembre.
Mi-janvier, il avait dû s'excuser publiquement pour avoir maintenu son amitié avec Epstein après la condamnation de ce dernier en Floride en 2008 pour recours à des prostituées mineures.
Lundi, Keir Starmer a chargé le secrétaire général du gouvernement, Chris Wormald, d'"examiner toutes les informations disponibles concernant les contacts entre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein pendant la période où il était ministre", soit de 2008 à 2010, a indiqué un porte-parole du gouvernement.
- "Menacer légèrement" -
Car d'après les derniers documents du ministère américain de la Justice, Peter Mandelson aurait fait profiter Epstein d'indiscrétions alors qu'il était ministre du Commerce du gouvernement de Gordon Brown: il lui aurait notamment transféré en 2009 un email interne, destiné au Premier ministre, sur la situation économique.
Et dans un autre échange d'emails de 2009 révélé par le Financial Times, Peter Mandelson semble suggérer à Epstein de demander au patron de JPMorgan de "menacer légèrement" le ministre britannique des Finances d'alors, afin d'obtenir la réduction d'une taxe sur les bonus des banquiers.
Celui qui fut l'un des architectes du New Labour avec Tony Blair a beau avoir annoncé dimanche soir qu'il quittait le parti travailliste, pour ne "pas causer davantage d'embarras au parti", Keir Starmer a estimé lundi qu'il "ne devrait plus" être membre de la Chambre des Lords, selon son porte-parole.
Le Premier ministre n'a toutefois pas de pouvoir décisionnaire en la matière, a rappelé ce porte-parole.
M. Mandelson a été nommé à la Chambre des Lords en 2008, mais s'était mis en congé de cette assemblée parlementaire fin janvier 2025, après sa nomination à Washington.
Interrogé dimanche par la BBC sur certaines des dernières révélations, M. Mandelson avait indiqué n'avoir aucun souvenir des virements de 75.000 dollars, et ne pas savoir si ces relevés étaient authentiques.
Il a aussi indiqué ne "pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme" en peignoir figurant sur la photo non datée.
- "Le frère dont j'ai toujours rêvé" -
Quant à Andrew, déjà déchu de ses titres royaux en octobre par son frère, le roi Charles III, les derniers documents du ministère américain de la Justice - de nouveaux emails et des photos de lui agenouillé et penché au-dessus d'une jeune femme allongée - n'ont fait qu'alimenter les soupçons d'une implication de l'ex-prince dans le trafic de jeunes femmes imputé à Epstein. Des soupçons toujours balayés par Andrew, qui a refusé jusqu'ici de répondre aux questions d'une commission du Congrès.
D'autant qu'après les accusations de Virginia Giuffre, une deuxième femme a affirmé avoir été envoyée par Epstein au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, selon l'avocat de cette dernière cité par la BBC.
L'ex-épouse d'Andrew, Sarah Ferguson, l'accompagne aussi dans sa chute.
Parmi les documents publiés vendredi figurent plusieurs courriels dans lesquels elle affiche son admiration pour le pédocriminel américain.
"Merci, Jeffrey, d'être le frère dont j'ai toujours rêvé", écrivait l'ancienne duchesse d'York à Jeffrey Epstein dans un email en 2009.
Quelques mois plus tard, elle expliquait au financier avoir "urgemment besoin de 20.000 livres" pour payer son loyer.
"Je ne trouve vraiment pas les mots pour décrire mon amour et ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse", écrivait-elle en janvier 2010. "Je suis à ton service. Epouse-moi", ajoutait-elle.
(A.Moore--TAG)