Espagne: les députés rejettent les textes sur le logement, camouflet pour Pedro Sánchez
Les députés espagnols ont rejeté vendredi les deux textes présentés par le gouvernement pour tenter d'endiguer la crise du logement, infligeant un camouflet au Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, et ouvrant la voie à un durcissement de la contestation.
"Quelle honte !", ont crié de rage les centaines de militants et protestataires présents à l'extérieur du Congrès des députés à Madrid à l'annonce des résultats, a constaté un journaliste de l'AFP.
Ils ont appelé à "la grève générale", à la veille de nouvelles manifestations qui étaient déjà annoncées partout dans le pays pour samedi.
Après le vote, le ministre des Droits sociaux Pablo Bustinduy a fustigé les partis ayant rejeté ces textes, qui se sont "lourdement trompés". "Ils le paieront dans les urnes", a-t-il prédit.
Ces rejets coup sur coup sont un revers important pour Pedro Sánchez, au pied du mur à quelques mois d'élections législatives prévues en 2027, qui avait pourtant tout fait pour obtenir un vote favorable, malgré l'absence de majorité parlementaire pour son camp.
"Oubliez un instant les calculs politiques", avait-il exhorté lors d'une brève prise de parole surprise depuis le perchoir, juste avant le premier vote en milieu d'après-midi.
"Je vous demande d'avoir du courage" et "d'être à la hauteur", avait encore réclamé le dirigeant socialiste, honni de l'opposition de droite et d'extrême droite qui a voté contre les deux décrets-loi du gouvernement, en plus des députés du parti indépendantiste catalan Junts, autrefois alliés de Pedro Sánchez.
Ces dernières heures, Junts, dont les voix avaient permis à Pedro Sánchez de décrocher l'investiture en 2023, avait demandé à l'exécutif de les retirer et d'élaborer de nouveaux textes, sans être entendu.
- "Se battre quand même" -
Parmi les manifestants présents à Madrid, la déception et la colère prédominent, selon un journaliste de l'AFP.
"On le voyait un peu venir, mais bon, même si on s'y attend, il faut quand même se battre...", tente de positiver David Llamas, un jeune homme de 26 ans qui vit toujours chez ses parents en raison des prix "trop élevés" des loyers.
Les deux textes présentés mardi par l'exécutif prévoyaient notamment le renouvellement automatique des contrats de location à leur échéance, ainsi que des mesures pour restreindre les expulsions de locataires vulnérables.
Ils visaient également les "fonds vautours", définis comme les groupes acquérant des biens immobiliers à bas prix afin de maximiser leur rentabilité.
- Élections avant 2027 ? -
Ce nouveau revers parlementaire alimente déjà les spéculations sur d'éventuelles élections anticipées, une hypothèse que Pedro Sánchez a jusque-là toujours écartée, alors que le prochain scrutin doit avoir lieu au maximum à l'été 2027.
"Plus les élections auront lieu tôt, mieux ce sera", a lancé de son côté vendredi Santiago Abascal, le leader du parti d'extrême droite Vox, troisième formation politique du pays.
Le dirigeant du Parti populaire (droite), Alberto Núñez Feijóo, a de son côté appelé à des élections au plus vite, jugeant "inadmissible d'utiliser le problème du logement pour manœuvrer à des fins électorales".
"Nous ne pouvons pas continuer (ainsi)", a-t-il lâché.
Le logement abordable est depuis des années l'un des principaux problèmes sociaux en Espagne mais les protestations avaient pris une ampleur massive après l'expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans, de l'appartement où elle vivait depuis sept décennies, un événement qui a provoqué une vague d'indignation nationale.
Les militants du droit au logement ont depuis installé des campements de protestation dans le centre de Madrid et dans d'autres villes, et fait de l'octogénaire le visage de la crise du logement.
Selon la Banque d'Espagne, le pays, où vivent quelque 50 millions d'habitants, compte un déficit d'environ 700.000 logements.
(L.Thomas--TAG)