Non-lieu requis pour Alexis Kohler dans l'affaire de prise illégale d'intérêts autour de MSC
Un non-lieu a été requis au bénéfice de l'ex-bras droit d'Emmanuel Macron, Alexis Kohler, dans l'enquête pour prise illégale d'intérêts autour de ses liens familiaux avec l'armateur MSC, une affaire qui a marqué le premier quinquennat du chef de l'Etat.
Six ans après l'ouverture de l'information judiciaire et quatre ans après la mise en examen de M. Kohler, qui conteste toute infraction, le Parquet national financier a demandé au juge d'instruction de clore le dossier par un non-lieu, a indiqué le PNF, sollicité par l'AFP.
La suite du dossier est désormais entre les mains du magistrat instructeur.
Soit il choisit de suivre les réquisitions du ministère public, et met un terme sans poursuites à ce dossier, soit il décide de renvoyer tout de même en procès M. Kohler, aujourd'hui directeur général adjoint à la Société générale, comme le demande en partie civile l'association Anticor.
Proche parmi les proches d'Emmanuel Macron, Alexis Kohler, 53 ans, a accompagné son ascension politique, jusqu'au sommet de l’État. Il a été son directeur de cabinet au ministère de l’Économie puis secrétaire général de l’Élysée de 2017 à 2025, une longévité exceptionnelle dans ces fonctions.
La justice l'a mis en cause pour avoir participé comme haut-fonctionnaire à plusieurs décisions relatives au groupe franco-italien MSC, dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.
D'abord entre 2009 et 2012, lorsqu'il représentait l'Agence des participations de l'État (APE) aux conseils d'administration de STX France (devenu Chantiers de l'Atlantique) et du Grand port maritime du Havre (GPMH), deux entreprises ayant des liens commerciaux avec MSC. Puis entre 2012 et 2016, lorsqu'il était à Bercy au cabinet de Pierre Moscovici puis d'Emmanuel Macron.
Sollicité, l'entourage d'Alexis Kohler n'a pas réagi dans l'immédiat.
Depuis le début, sa défense affirme qu'il s'est toujours tenu à l'écart de toute décision relative à MSC et qu'il a informé ses supérieurs de l'existence de liens familiaux "très au-delà de ses obligations déontologiques". "Personne (n'a) jamais été avantagé par son comportement et il ne lui est pas reproché un quelconque enrichissement personnel", affirmait fin 2024 sa défense dans un communiqué.
- "Intervention directe" -
La portée du dossier avait été nettement réduite en juillet, lorsque la cour d'appel de Paris a décidé que tous les faits antérieurs à 2014 étaient prescrits, après une série de rebondissements judiciaires allant jusqu'à la Cour de cassation.
Les poursuites pour complicité contre deux autres hauts-fonctionnaires, Jean-Dominique Comolli et Bruno Bézard, ont été en conséquence abandonnées.
"Depuis le début de ce dossier, où l'on a déploré l'intervention directe du chef de l’État, le parquet s'oppose à ce qu'un juge et un tribunal indépendants puissent en avoir connaissance", a réagi après ces réquisitions Me Jean-Baptiste Soufron, qui représente l'association Anticor, partie civile.
L'association avait porté plainte dès 2018, après la publication d'articles de Mediapart sur un possible conflit d'intérêts. Après un premier classement, Anticor a obtenu en 2020 l'ouverture d'une information judiciaire en se constituant partie civile.
M. Macron avait exprimé à plusieurs reprises sa "confiance" en son secrétaire général de l'époque, et lui avait aussi apporté son soutien via une "note personnelle" mi-2019 envoyée au PNF, assurant que M. Kohler n'était jamais intervenu, au moment où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à MSC. Cette note avait suscité une vive polémique.
(D.Sanchez--TAG)